File/Air

Création 2003 à la MEP (Maison Européenne de la Photo) Paris
File/Air, l’ambiguïté des limites

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© Photos – Eric Duranteau

Distribution
Installation vidéo de : Kitsou Dubois et Eric Duranteau
Son : Alain Bellaïche
Danseurs : Mathurin Bolze, Kitsou Dubois, Jörg Müller et Laura de Nercy
Production : Ki Productions, Art Outsiders / Maison Européenne de la Photographie
Les images sont issues du vol parabolique effectué en 2000, à bord de l’Illiouchine à la Cité des Etoiles à Moscou .

Kitsou Dubois, chorégraphe, a proposé à Eric Duranteau, scénographe pour l’image, de partager son aventure en apesanteur. L’un et l’autre interrogent l’espace ; l’une avec le mouvement dansé, l’autre avec l’image. Dans un univers sans poids ou le mouvement est fluide et infini, le corps et l’image sont des lieux d’inscription d’une expérience réelle perceptive de danse qui se confond avec le rêve de vol.

Dans FILE/AIR, leur troisième installation réalisée ensemble, les corps glissent en un travelling sans fin, l’œil et la caméra fusionnent dans un univers sans repères. La « danse du milieu » que développe la chorégraphe s’exprime ici à travers le traitement de l’image numérique et sa mise en espace:  Ambiguïté des limites, entre la forme et le milieu, l’intérieur et l’extérieur, le mouvement et le point de vue, la durée et la dynamique, le volume et la surface, l’espace de l’image et celui du spectateur.

A propos de l’installation « FILE/AIR »
Extrait du catalogue « art Outsiders 2003 – Space art » publié par Anomos
Le spatial est à la fois un univers appréhendé par la technologie, la science et la sensibilité humaine. Si l’espace a toujours été le support privilégié de l’imagination et le sujet des représentations humaines, il est devenu, grâce à la science et la technique, un objet et un lieu concret de création artistique.
De nouvelles technologies, ou technologies de pointe, mettent en œuvre des modèles de simulation visant à reconstruire des fragments de la réalité et à agir sur eux. Ces modèles, dont l’objectif est de reproduire ces fragments de réalité à base de données informatiques, modifient cette réalité en même temps qu’il en recréent les fragments. L’espace virtuel ainsi généré est un espace symbolique et abstrait, fait de circulations et de connexions. A cet espace utopique correspond un temps simulé, virtuel qui peut donner à vivre des expériences imprévues parfois à l’origine de véritables découvertes dans l’étude de la perception.
Ces mondes virtuels qui sollicitent nos moyens de perception, sont à mettre en parallèle avec les technologies du spatial qui donnent accès à un nouvel espace temps : celui de l’apesanteur. Avec les vols paraboliques, l’apesanteur est devenu un lieu d’expérimentation accessible et une  » matière  » même d’exploration, de plus en plus présente dans nos systèmes de représentation. Les relations que l’on entretient avec l’ environnement y sont pourtant complètement transformées :  dans cet espace, le mouvement est fluide et infini, la chute n’existe pas. Les objets et les corps gardent leur masse, mais n’ont plus de poids, les liquides ont une forme propre, la vitesse de déplacement des corps d’un lieu à un autre s’accélère …..
Comme nous le dit Alain Berthoz* :  » les propriétés les plus raffinées de la pensée et de la sensibilité humaines sont des processus dynamiques, des relations sans cesse changeantes et adaptatives entre le cerveau, le corps et l’environnement. Pensée et sensibilité ne sont rien d’autre que des états d’activation cérébrales induits par certaines relations entre le monde, le corps, le cerveau hormonal et neural et sa mémoire de millénaires d’acquis culturels. « 
A l’heure où  nous envoyons des individus dans ces nouveaux espaces, il est important de prendre le temps de nous poser la question de l’homme :  De quel homme s’agit-il ? Qu’envoyions-nous ? Un esprit ? Un esprit avec un corps ? Et dans ce cas, de quel corps s’agit-il et de quel esprit ?
En danse, le savoir fonctionne sur des expériences pratiques qui explorent les limites d’un corps impossible : Juxtaposition entre les corps concrets des danseurs et les espaces-temps abstraits de leur imaginaire. Chacun des interprètes de la compagnie a une histoire intime avec l’espace et une pratique diversifiée de son art (danseur, danseur acrobate, danseur jongleur, danseur grimpeur ou voltigeur ..) . Avec leur spécificité, ils vont enrichir les rapports qu’entretiennent l’esprit et la chair avec l’environnement. Les danseurs, avec leur capacité d’habiter leur corps et d’incarner leur danse, semblent être des ambassadeurs privilégiés pour tenter de transmettre des états de corps liés à la perception de ce nouveau milieu qu’est l’apesanteur. Cependant, les conflits sensoriels brouillent la conscience, la mémoire et la visibilité des mouvements  ou des schémas corporels. Comment alors se souvenir, et construire à partir de ces expériences perceptive une œuvre artistique ?
Pour se souvenir, pour rendre visible à nos propres yeux et à ceux des spectateurs la singularité d’être dans ce nouvel espace, l’image cinématographique s’est tout de suite imposée.
D’abord technique d’enregistrement du mouvement, le cinématographe est vite devenu un nouvel art, un nouvel outil pour explorer notre imaginaire. En filmant les danseurs en état d’apesanteur lors de vols paraboliques en Russie, notre objectif se situait très précisément à l’intersection de ces deux champs d’application : Le documentaire et le scientifique d’une part, l’imaginaire et le rêve d’autre part. Il nous est paru indispensable de laisser la camera – œil  théorique du spectateur- expérimenter le plus librement possible ce nouveau milieu, à l’ épreuve de ces nouvelles lois.
La caméra sans poids, libre comme l’œil de l’homme volant que nous sommes dans nos rêves, semblait développer une osmose toute particulière avec le milieu. L’expérience du vide, les limites ambigües entre l’intérieur et l’extérieur, les lois dynamiques complètement altérées; le temps qui nous dépasse vite, le développement d’un mouvement sans fin ; les images avaient forcément enregistré cela, il restait à le mettre en évidence.
Paradoxalement, l’informatique allait permettre d’explorer ces enregistrements  cinématographiques dans leurs composants les plus archaïques : le temps, l’orientation, le cadre,  les formes, la lumière, le blancs et le noir, les rotations, les écarts entre le sujet et son environnement. c’est aussi en les manipulant pour les développer dans l’espace au moyen de la projection, pour les sortir de leur statut d’images-reportage et aborder l’espace  théâtral, que ces images ont donné des clés pour mieux comprendre ce qui se joue là haut. En cherchant la profondeur du noir-espace et la présence forte mais immatérielle du blanc-lumière, les images « filaires » ont mis en évidence l’ambiguïté des limites entre la forme et le milieu, le mouvement et le point de vue, la durée et la dynamique, le volume et la surface, l’espace de l’image et celui du spectateur, l’espace dans l’image, et l’image dans l’espace, l’imaginaire et le concret.
La singularité et la subjectivité de chaque expérience apportent une pierre à l’édifice de la perception. Toutes ces approches s’articulent, se mettent en mouvement dans l’espace et dans le temps pour définir petit à petit une œuvre artistique contemporaine pluridisciplinaire, dont les  installations vidéos  sont des étapes de création très importantes. L’apesanteur contient bien tout les  » ingrédients  » d’une forme contemporaine multimédia (au sens premier du terme) de création artistique autour de l’incroyable réalité du corps sans poids.

L’installation a été présentée
2003 festival Art Outsider à la Maison Européenne de la Photo

2004 festival Monaco Dance Forum

« FILE/AIR », l’ambiguïté des limites Installation vidéo de : Kitsou Dubois et Eric Duranteau
Son : Alain Bellaïche
Danseurs : Mathurin Bolze, Kitsou Dubois, Jörg Müller et Laura de Nercy
Production : Ki Productions, Art Outsiders / Maison Européenne de la Photographie

Kitsou Dubois, choreographer, asked the image set designer Eric Duranteau, to join him in his adventure with parabolic flight, permitting one to experiment weightlessness. In their own way, they each deal with space; one through dance, the other through image. In a weightless universe where movement is fluid and unlimited, the body and the image become places where the experience is registered, the real dance perspective in fusion with the reverie of flight. The choreographer develops a ‘background dance’ which is expressed by how the space and the spatialized digital image are treated: ambiguity of limits between the form and the environment, the outside and the inside, the movement and the viewpoint, the time, the huge volume and the surface, the space of the image and the space of the spectator.

About video installation « FILE/AIR »

Extract from « art Outsiders 2003 – Space art » published by Anomos.
The spatial is a universe influenced by technology, science and human sensibility. If space has always been the realm of imagination and the subject of human representation, it has become, thanks to science and technology, an object and a concrete space for artistic creation.
New technologies, or advanced technologies, make us of simulation models intended to reconstruct fragments of reality, and then to act upon them. These models, whose main purpose is to reproduce these fragments of reality derived from computer data, modify this reality at the same time as they recreate its fragments. The virtual environment created is both a symbolic and an abstract one, consisting of circulations and connections. This utopian space corresponds to a simulated and virtual time, a time that can create unexpected experiences occasionally leading to veritable discoveries in the study of perception.
These virtual worlds that appeal to our means of perception should be compared with spatial technologies that give rise to a new space-time: that of weightlessness. Due to parabolic flights, weightlessness has become an accessible testing ground and a “material”, even, of exploration, with an increasing presence in our representational systems. However, these flights completely transform our relationship with the environment that we know: in this new space motion is fluid, and falling does not exist. Objects and bodies retain their mass but no longer have weight, liquids have a proper form, the speed of the movement of bodies from one place to another increases…
As Alain Berthoz has said, “the most refined properties of thought and human sensitivity are dynamic processes, perpetually changing and adapting relationships between the brain, the body, and the environment. Thought and sensitivity are nothing more than cerebral states of activation induced by certain relationships between the world, the body, the brain (both hormonal and neural), and its memory of our age-old cultural knowledge.”
At a time when we send individuals into these new spaces, it is important to take the time to ask these fundamental questions: what man do we speak of? What are we sending? A spirit? A spirit with a body? And in that case, what body and what spirit are we referring to?

In dance, knowledge is based on practical experiences that explore the limits of an impossible body: juxtaposition between the concrete bodies of dancers and the abstract spacetime of their imagination. Each member of the dance troupe has an intimate history with space and a diversified practice of his art (dancer, acrobatic dancer, juggling dancer, climbing dancer or flying acrobat). With their specificity they will enrich the relationships of body and soul with the environment. Dancers, with their ability to inhabit their bodies and to embody their dance, seem to be ideal ambassadors to transmit the various states of the body directly related to the perception of this new condition of weightlessness. However, conflicting sensorial information confuses the mind, memory, and perception of movements or body image. How then can we remember and built an artistic work based on these perceptual experiments?
In order to remember, to visually demonstrate the singular experience of being in this new space to ourselves and to the spectators, the cinematographic image was immediately called for.

Although it began as a technique for recording movement, cinematography as quickly become a new art, a new tool with witch to explore our imagination. In filming dancers in weightlessness during parabolic flights in Russia, our objective was at the intersection of these two applications: the documentary and the scientific on the one hand, and the imaginary and dream on the other. It seemed imperative to let the camera, the theoretical eye of the spectator, experiment as freely as possible in this new environment subjected to news laws.
The weightless camera, as free as the floating human eye that chronicles our dreams, seemed to develop a very specific osmosis with the environment. The experience of the void, the ambiguous limits between interior and exterior, completely altered laws of dynamics, time passing us by, the development of a perpetual movement; the images certainly captured these experiential phenomena, all that remained was to show it.
Paradoxically, computers would allow us to explore these cinematographic recordings in their most archaic forms: time, orientations, setting, forms, light, shadow, rotations, the relative distances between subject and environment. It was also while working with these images to articulate them in space through the use of projection, to release them from their role as pure documentation and attain theatrical space, that these images provided the key to a better understanding of the experience “up there”. In searching the depth of the black-space and the strong but immaterial presence of the white-light, the “threaded” images highlighted the ambiguity of the limits between the form and the space, the movement and the point of view, the duration and the dynamic, the volume and the surface, the space of the image and the space of the spectator, the space within the image, the image within the space, the imaginary and the concrete.
The singularity and subjectivity of each experiment contribute to our understanding of perception. All of these methods and approaches begin to move in space and time in order to define, little by little, a contemporary pluridisciplinary artistic work, whose video installations are very important steps in the creative process. Weightlessness contains all of the “ingredients” of a contemporary multimedia form of artistic creation based on the incredible reality of the body without weight.

Whereabouts of Work
Ki Productions.
Installation préesented at « La Maison Européenne de la Photographie, Paris, during the @rt Outsiders Festival in 2003 and 2004 festival Monaco Dance Forum

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